Opérations ANRU non concertées : Faudra-t-il toujours subir les volontés des technocrates ?

Faudra-t-il toujours subir les volontés des technocrates ?

Avril 2012

          Le collectif qui dénonce les opérations ANRU non concertées (malgré ce que disent nos élus) tient, cette fois, à alerter sur la situation invraisemblable que ce projet fait et fera vivre aux habitants du 50 et de proximité. Certes, certains habitants ont effectivement bénéficié ainsi d’une opportunité de quitter notre quartier dont les conditions de vie sont pour le moins difficiles voire insupportables. Mais la pression pour chasser ceux qui préféraient conserver leurs lieux de vie est aussi insupportable. Se trouver brutalement acculé à déménager est une épreuve redoutable en particulier pour nombre de locataires âgés. Nos technocrates sont insensibles aux pertes conséquentes que devront subir ces gens. Devoir quitter leur logement dont l’installation avait été perfectionnée d’année en année au prix d’investissement réfléchi pour ne mériter, au même prix, qu’un logement plus petit hors de son cadre social habituel, représente bien un choix ‘tordu’ que nous trouvons inadmissible. Chaque famille (que l'on peut dire expulsée) a dû se soumettre à des procédures "cavalières" pour aboutir au choix final, procédures qui font monter l'angoisse, avec 3 visites successives de logements, avec l'incertitude de ce que serait leur situation à venir, avec le sentiment qu'il ne fallait pas se faire remarquer pour bénéficier d'une hypothétique bonne situation L’équilibre psychologique de ces familles, qui ont vu leurs voisins se soumettre petit à petit à ces choix contraints, a été scandaleusement mis à mal à cette occasion.

          Au cours de la réunion publique qui s’est tenue, salle 150, le 23 mars 2012 pour les locataires habitant à proximité de la démolition programmée, nous avons pu constater que cette situation va se généraliser notamment pour d’autres habitants du reste du 50, car les travaux de démolition et les transformations envisagées obligeront la plupart d’entre eux à quitter aussi leur logement, parfois même définitivement, ou sinon à accepter de vivre dans le bruit et la poussière. Les technocrates ne s’embarrassent pas de l’angoisse que provoquent ces perspectives. À aucun moment n’ont été portées à notre connaissance les mesures prises pour s’assurer des conséquences de cette démolition sur l’affaiblissement de la stabilité des bâtiments.

          Pour l’instant nous avons déposé un recours administratif qui devrait contraindre ces technocrates à corriger leur avis de démolition en déposant un vrai permis de construire respectant les normes antisismiques

          Sachez aussi qu’il nous a été avoué une augmentation prévisible des loyers de 12% pour amortir les frais engagés par le bailleur ACTIS au-delà du subventionnement public de l’ANRU ! ! Logement social disent-ils ! !

           Mais il ne s’agit pas, comme le prétendent certains, de nous opposer par principe à toute transformation. Il est évident que laisser notre quartier en l’état serait aussi d’une scandaleuse inhumanité. Nous avons vainement attiré l’attention de nos élus (de gauche) sur l’indispensable écoute du citoyen qui devrait prévaloir dans une démocratie moderne. Les avis hostiles de l’Union de Quartier comme du Conseil Consultatif de Secteur et la mobilisation de la population auraient dû alerter nos représentants. Et pourtant ils s’arrogent le droit de prendre cette décision de démolition (un pari, disent-ils) pour ‘ouvrir sur l’extérieur’ sans avoir tenté de recueillir les propositions des habitants pour l’amélioration de leur logement ou pour contrer l’atmosphère délétère qui prévaut encore trop souvent dans notre quartier. Nous attendions et nous exigeons que l’expertise des habitants soit non pas des mots utilisés dans des discours prônant la démocratie participative, mais la base même de tout projet demandant concertation. Oui, les habitants ont des idées qui méritent d’être recueillies tout autant que celles mises en valeur par des bureaux d’étude. D’ailleurs ces professionnels prônent parfois les mêmes intentions que nous ; tel le Cabinet INTERLAND qui, ne prenant pas en compte l’option démolition, fut désavoué par nos élus ou tel l’architecte Patrick Bouchain qui déclare qu’au lieu de raser des immeubles, il vaudrait mieux les transformer en s’appuyant sur ce que proposent leurs habitants. La réhabilitation, selon lui, est même beaucoup plus rentable que la démolition.

          Oui ! il est encore temps d’aller recueillir ce que la population de Villeneuve a en tête et d’en faire une étude approfondie en activant la jeunesse de notre quartier au sein des structures éducatives. Les dépenses seraient alors plus judicieuses : par exemple pour juguler les infiltrations en provenance des toits, isoler convenablement les sols des appartements en raz de galerie,  isoler les murs extérieurs et les fenêtres, sécuriser les issues de secours des immeubles SDH, multiplier les ascenseurs, rendre des appartements fonctionnels pour des personnes âgées ou handicapées, concevoir des garages pour les vélos actuellement stockés sur les balcons. …

André Béranger, Bertrand Robinet, Eduardo Broccardo, Gérard Burlat et Martine Jullian